Liasmine Fodil : photographe algérienne questionnant les liens entre femmes, famille et société

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Published1 Sep, 2026

« C'est enfin là que j'ai compris ce que je cherchais en faisant des photos : raconter des histoires et transmettre une mémoire. »

Liasmine Fodil est née et vit à Tizi-Ouzou, une ville située à cent kilomètres à l'est d'Alger. Elle pratique la photographie depuis plusieurs années, entre travail numérique et photographie expérimentale en argentique. Depuis 2019, elle s'investit dans la transmission en donnant des ateliers de photographie pour adultes et enfants.

En 2020, elle a fondé Tilawin Project aux côtés de sept autres photographes. C'est le premier programme de mentorat par et pour les femmes photographes algériennes et de la diaspora.

Photographe expérimentale algérienne

Comment avez-vous débuté dans la photographie ?

À 14-15 ans, j'ai voulu faire de la photographie. J'ai pu faire un peu d'argentique à mes 18-19 ans, à la maison de la culture de ma ville.

À 21 ans, j'ai suivi une formation technique à Studio 21, avec Fatiha Ouyed, sa fondatrice, et d'autres enseignants. J'ai obtenu un certificat de maîtrise professionnelle, ce qui m'a fait sentir que j'avais un peu de légitimité dans ce domaine.

À 25 ans, j'ai suivi un atelier en auditrice libre avec Bruno Boudjelal. C'est enfin là que j'ai compris ce que je cherchais en faisant des photos : raconter des histoires et transmettre une mémoire.

Parfois, quand je cherche à remonter à l'origine de mon attirance pour la photographie, je me remémore un jour où j'avais vu une photo de mon arrière-arrière-grand-père, quand j'étais adolescente, et c'était comme un voyage dans le temps. Peut-être que mon envie de faire des photos vient de là. Ou elle remonte à plus loin, à mon enfance, quand on m'a promis un appareil photo jouet Playskool que je n'ai jamais eu. (rires)

« Je me questionne beaucoup sur la place qu'occupent les femmes dans la société et la famille. »

Photographié par Liasmine Fodil

Photographié par Liasmine Fodil

Comment vous décririez-vous ?

Je trouve toujours que se décrire est un exercice difficile. En fait, je suis actuellement en congé maternité et je suis plus maman qu'autre chose. Et j'adore ce rôle. Et je suis une femme photographe algérienne. On m'a parfois décrite comme actrice culturelle.

Quels sont les thèmes principaux qui inspirent votre photographie ?

Je photographie instinctivement. Ce qui m'intéresse, ce sont les histoires en rapport avec les liens entre les individus dans la société et la famille. Je me questionne beaucoup sur la place qu'occupent les femmes dans ces dernières.

Le lien avec les autres se crée avant la prise de vue, lorsque je discute avec les personnes que je vais photographier, ou après, lors d'expositions par exemple.

« Je mesurais à quel point il était précieux de choisir comment montrer le travail des autres. C'était une première pour moi. »

De quel moment de votre carrière êtes-vous le plus fier ?

L'exposition Tilawin Now, à Alger en 2024, m'a beaucoup marquée. J'ai eu le plaisir de l'organiser et d'en faire la curation. Je mesurais à quel point il était précieux de choisir comment montrer le travail des autres.

Il fallait aussi gérer les budgets, et être juste dans la répartition des espaces, également dans la conception de la mise en exposition, mais aussi avec les artistes. Et ce, en tenant compte des différences d'envergure entre les travaux. C'était une première pour moi.

Personnellement, ce qui m'a le plus fait plaisir, c'est de voir que mon petit fanzine « À la recherche d'une âme perdue » a été acheté par des gens. Ils n'avaient jamais entendu parler de moi auparavant.

Dans quel type de photographie vous spécialisez-vous ?

Je dirais que j'aime photographier l'ordinaire. Quand je dois faire un travail commercial, en dehors de ma pratique artistique, ce que je préfère, ce sont les shootings de maternité et les photos de bijoux. Les deux n'ont pas de lien, mais ce sont les deux choses que j'adore faire.

« On produit des images qui nous ressemblent de plus en plus, et il reste du chemin à parcourir. »

Comment se porte le secteur de la photographie et de l'art en Algérie ?

Je crois que ces dernières années, la photographie prend un peu plus de place. Il y a une certaine conscience de l'importance des images pour bâtir une iconographie forte, à laquelle les populations peuvent se référer. On produit des images qui nous ressemblent de plus en plus, et il reste du chemin à parcourir.

Que pensez-vous de la plateforme 54Ruum ?

C'est une belle initiative. Tant que les plateformes dédiées à la photo seront nombreuses, cette pratique se portera mieux. Et surtout lorsqu'elles sont éthiques et défendent les droits des auteurs et autrices.

Credits

Texte

Felana Ramasy

Photographie

Liasmine Fodil

Curation

guvnor

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